Renaturar
Les peuples autochtones sont attirés par la ville et ce qu’elle peut offrir : le téléphone, l’internet, le textile, l’outillage mais aussi l’alcool qui est un problème important pour les populations locales qu’ils n’assimilent pas comme les occidentaux. Soucieux de préserver leurs territoires de nombreux peuples autochtones livrent une lutte pour faire entendre leur voix. Ils sont aussi les gardiens de traditions ancestrales.
Pourtant celles-ci restent fragiles car au sein des populations autochtones, certains s’éloignent irrémédiablement de la forêt et de ce qu’elle peut offrir. Loin de l’image passéiste, en forêt les peuples autochtones sont vêtus. Les jours de fête, cocard, collier, bracelets et peinture corporelles font resurgir les traditions. Les jours ordinaires, un short et un tee-shirt font l’affaire. Il m’est arrivé de voir des enfants en bermuda avec un tee-shirt d’une équipe de foot européenne par exemple marquant de faite la mondialisation.
Lorsque j’ai réalisé mes premiers portraits, j’ai pris conscience du décalage entre l’attendu inconscient et la réalité. Dans le même temps, le rapport à la nature est fragile, les connaissances s’étiolent et les pagés disparaissent parfois avec leurs savoirs. Ainsi est née l’idée de placer mes modèles au sein de la nature. Dans un premier temps il s’agissait de cacher les vêtements portés pour me concentrer sur les regards. Mais dans un second temps, au sein de la forêt, je vu les modèles faire corp avec la végétation, se la réapproprier. Cette fusion des visages avec le végétal est devenue un totem et l’illustration de ce qui me parait vital. En effet, humaniser le végétal, c’est lui assigner des gardiennes et des gardiens. Le fil conducteur de mon travail consiste à documenter comment les peuples autochtones luttent pour leur survie. Réaliser des portraits d’arbres et d’habitants de la foret m’apparaît comme essentiel et plus percutant. L’humanité renaturé tend à replacer les essentiels : Se réapproprier la forêt.
Il est entendu que mon regard est celui d’un blanc européen. Demander aux autochtones de se mêler au végétal les étonnait mais leur curiosité à l’échange leur fit accepter. En découvrant les images, ils étaient aussi surpris que fier. C’est à cet endroit que je souhaite placer ma démarche : celle de l’échange interculturel.
Éric Garault